Fake news sur le désenclavement cornouaillais

 

Lors du conseil municipal  quimpérois du 9 novembre dernier,  la majorité municipale a présenté, par la voix d’Isabelle Le Bal, un vœu étonnant sur le désenclavement breton (voir lien ci-dessous). Contrairement à ce que  peut laisser croire la réponse du maire  aux interventions  de l’opposition sur le sujet, ce vœu ne portait pas sur le temps de trajet à 3h pour la pointe Bretagne. Il s’orientait autour de 3 axes :

  1. l’hypothèse que les TGV s’arrêteraient bientôt à Rennes et que les passagers devraient changer pour des TER afin de poursuivre leur trajet vers la pointe de Bretagne.

Un tel scénario est bien sûr totalement invraisemblable et n’a jamais été évoqué. Il y a par contre,  entre la Région, l’Etat et SNCF,  une convention  de desserte  TGV du territoire  pour 2017-2022 qui prévoie 4 allers-retours  directs quotidiens supplémentaires entre la pointe bretonne et Paris.  Isabelle Le Bal, conseillère régionale, ne saurait l’ignorer. En semaine, 9 TGV directs aller-retour  relient Paris à Quimper, auxquels s’ajoutent les trajets avec correspondance à Rennes ou Redon.

S’agit-il alors de la part de la majorité quimpéroise  d’une surinterprétation  des propos tenus par E. Macron lors de l’inauguration de la ligne en juillet ?  Mais ils concernaient la création future d’infrastructures TGV et non pas les lignes TGV actuelles.  Je souscris d’ailleurs totalement au fait que les investissements futurs doivent désormais plus concerner les lignes du quotidien qui affectent la qualité de vie des usagers allant au travail, suivre leurs études etc. C’est le cas de la ligne Quimper Brest.

Dans cette perspective,  les améliorations  de structure qui pourraient réduire le temps entre Quimper et Rennes  pour les déplacements régionaux  profiteraient aussi aux déplacements  vers et  en provenance de Paris.

On notera enfin qu’à l’heure où ce vœu était présenté à Quimper, on inaugurait le Pôle d’échange multimodal à la gare de Quimperlé.  On en est loin à Quimper puisque le projet imaginé par la majorité précédente a été retoqué. Ce serait pourtant le premier signe d’implication de Quimper dans cette volonté de désenclavement de la Cornouaille.

  1. L’hypothèse de taxes routières poids lourds, voire véhicules particuliers en Bretagne.

On notera qu’il existe depuis fort longtemps la taxe à l’essieu. On parle aussi dans ce vœu de gratuité des routes,  mais il n’existe jamais de gratuité réelle. Si l’utilisateur ne participe pas, c’est le contribuable qui paye.

Je pense que cette partie du vœu (qu’il faut  tenter de décrypter étant donné le flou et l’approximation générale) fait allusion à des pistes évoquées  par Elizabeth Borne, ministre des transports pour financer de futurs grands travaux sur les infrastructures routières.

Elle exclut totalement de revenir à  l’éco taxe.  Pour celle-ci d’ailleurs, dont je rappelle qu’elle a été décidée sous le mandat Sarkozy et mise en place sous Hollande,  l’esprit en était positif mais son tort était de vouloir étendre uniformément la mesure sur tout le territoire français.  Il est évident que les  habitants des sillons rhénans et rhodaniens submergés par le flux du transport international traversant le territoire,  avec la pollution et l’usure des équipements routiers en résultant, regrettent fortement l’abandon de la taxe  alors que la Bretagne  en situation péninsulaire n’aurait jamais dû être affectée par cette même taxe.

Or les quelques pistes évoquées  ne vont pas  dans le sens d’une conception centralisatrice avec une imposition nationale mais au contraire d’une modulation selon les territoires, et une décision et une gestion dévolues aux régions.

  1. La demande au ministère des transports de pérenniser l’aéroport de Quimper et de créer des lignes nouvelles

En ce qui concerne l’aérien,  le vœu oublie  un partenaire de taille, la Région, autorité concédante, propriétaire de l’aéroport de Quimper,  qui a œuvré pour  la mutualisation finistérienne obligeant à une candidature commune pour Brest et Quimper dans le but de protéger celui-ci.

Je suis aussi très étonnée de l’appel  à la création de nouvelles lignes de désenclavement aérien, national, international. En effet j’ai, à plusieurs reprises,  proposé d’étudier la faisabilité d’une ligne aérienne saisonnière avec l’Allemagne, justifiée par l’afflux de touristes allemands dans le Finistère  depuis plusieurs années et par  l’absence de liaison avec l’Allemagne des autres aéroports bretons, hormis Nantes. Je me suis fait retoquer au titre d’un étrange cliché selon lequel  les allemands ne viendraient qu’en voiture. C’est oublier que dans l’aérien comme dans d’autres domaines, c’est  aussi l’offre qui crée la demande, ce pourquoi d’ailleurs certaines villes européennes desservies par  de nombreuses lignes croulent sous les touristes au point que leurs habitants s’en insurgent (Barcelone, Lisbonne, Prague, Cracovie etc).

Force est de constater que des projections fondées sur des approximations sur le mode « on ne nous dit pas tout » ne peuvent se substituer à l’analyse réfléchie des situations et à des propositions concrètes.

voeu majo transports 9-11-2017

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