Quelle accessibilité pour la Cornouaille ?

La Région Bretagne a tranché. Elle ne participera plus au financement de l’OSP (Obligation de Service Public) qui permettait la survie de la ligne Quimper-Orly, dont elle a confié l’exploitation à la société Chalair. Depuis, les communiqués se succèdent pour livrer les réactions politiques. Leur brouhaha fait oublier l’éléphant qui est dans la pièce:  la dégradation générale de l’accessibilité pour les cornouaillais. La fermeture de la ligne Quimper-Orly n’en n’est qu’un épisode supplémentaire.

 Pour celle-ci, on comprend l’argument écologique mais il n’a plus cours à l’Est de la Bretagne administrative: 10 destinations supplémentaires entre 2022 et 2024 à l’aéroport de Rennes, qui accueille une ligne régulière Rennes /Paris-CDG avec des vols quotidiens alors même que le train permet d’accéder directement à l’aéroport CDG en … 2H37 (L’interdiction des vols intérieurs courts dont le décret a été publié le 23 mai touche les vols pour lesquels une alternative ferroviaire de moins de 2H30 existe). On attend plus de cohérence.

On en attend plus au niveau des liaisons ferroviaires transversales car bien des ex-passagers de la ligne Quimper-Orly l’utilisaient dans le cadre de préacheminements, entre autre pour des destinations qui ont disparu : Brest-Quimper-Lyon, Quimper-Bordeaux.

On en attend plus, sans même parler de la durée des trajets, au niveau du nombre de trains et des conditions tarifaires de la SNCF. Trains complets et tarifs exorbitants en raison de la règle du yield management ( Plus il y a de demandes, plus le prix augmente) sont désormais monnaie courante. Il devient très difficile de venir en Cornouaille ou d’en partir si l’on n’a pas prévu son voyage trois mois à l’avance. Le seul recours demeure alors la voiture.

On en attend plus aussi pour la desserte de l’aéroport de Guipavas depuis la Cornouaille.  A défaut de la ligne Quimper-Orly, les cornouaillais qui se déportent vers l’aéroport de Guipavas, n’ont d’autre choix pour le rejoindre que la voiture particulière, et souvent avec un seul occupant. La trajet par les transports en commun est compliqué : train ou car + tram +bus, et impossible aux heures des premiers et derniers vols de la journée.

 Revenons à la ligne Quimper-Orly et à l’argument économique : les passagers ne sont pas revenus en nombre suffisant après le COVID et le président de la Région Bretagne dit savoir «que les entreprises de Cornouaille vivent et se développent sans avoir recours à la ligne ».  Y a-t-il eu une étude pour connaître les raisons de cette désaffection et les solutions des entreprises ? Peut-on imaginer que ceux qui ont besoin d’un préacheminement pour aller à Bordeaux, Fort de France ou Berlin ne se sentent pas l’âme d’un Mermoz quand un Beechcraft de 19 places leur est proposé et vont à Brest chercher la qualité de service ?  Ce qui interroge d’ailleurs les clauses de la délégation de service public qui encadrent l’exploitation de la ligne. Quand un service est défectueux, les usagers trouvent par eux-mêmes des solutions …ou pas. Mais peut-on considérer que le système D doit se substituer à une politique d’aménagement du territoire ?

Plus généralement, quelles ont été les études réalisées par les structures territoriales (Région, Département, Quimper Cornouaille Développement) sur les usages et besoins des Cornouaillais et les projections sur les politiques d’aménagement du territoire ?

Assurer l’accessibilité d’une région, c’est fournir des infrastructures, des moyens de transport et des tarifs à portée des usagers. C’est le sens que l’on doit donner à « Service public »

Ce n’est plus le cas pour la Cornouaille.

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